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Thérapie de couple22 septembre 2026

Les pédales d'accélération

Qu'est-ce que nous avons tendance à faire quand la tension s'installe dans le couple, avant que la crise éclate ? Sur quelle pédale avons-nous tendance à appuyer plus vite, plus fort pour arranger les choses ?

Jeanne a tendance à faire en sorte que tout se passe au mieux. Elle s'active un peu plus, elle anticipe, elle cherche à répondre aux besoins et les devance.

De son côté, Paul se fait plus petit, laisse plus de place, la laisse décider. Il ne veut pas contrarier. Il cherche sincèrement à s'adapter, désirant satisfaire et offrir un apaisement à Jeanne.

Chacun appuie volontairement, encore plus fort, sur la pédale qui est la sienne lorsqu'une tension apparaît. Chacun majore davantage encore ce qu'il sait faire. Chacun cherche à déployer ses meilleures ressources au service du lien.

Jeanne s'épuise et se tend, en espérant que Paul voie un peu plus ce qu'il faut faire pour que les choses s'arrangent et qu'il appuie sur la même pédale qu'elle. Sans trop s'en rendre compte, elle déploie des antennes lui permettant de sentir si Paul est dans les bonnes dispositions. Sans trop s'en rendre compte, elle attend quelque chose de sa part. Elle s'inquiète de le sentir en retrait.

De son côté Paul marche sur des œufs. Il tente de s'adapter. Il perd en spontanéité de proposition, craignant être maladroit et ne pas répondre aux attentes de Jeanne. Sans trop s'en rendre compte, il lui laisse la place et se met en retrait et espère que Jeanne le rejoindra sur sa pédale. Il ne se sent pas à la hauteur. Il s'inquiète de se sentir insuffisant.

Chacun se contorsionne pour tenter d'apaiser, pour contenir. Chacun veut fournir des efforts pour que cela se passe bien. Chacun appuie sur la pédale qu'il connaît, celle qui lui a permis de déployer des talents, des compétences, mais qui semble ne pas fonctionner dans leur lien.

Alors ils appuient encore plus fort.

Ces pédales sont au service d'une défense face à la perte de sécurité et de sérénité et à la place d'une accélération qu'ils espèrent sincèrement voir advenir, c'est un mur qui se construit peu à peu entre eux.

Jusqu'à se perdre de vue.

Jeanne demande à Paul d'être un peu plus comme elle. Paul demande timidement à Jeanne de faire un peu plus comme lui.

Il n'y a pas de rencontre.

Jeanne et Paul ont oublié de s'écouter, de se dire ce qu'ils sont en train de vivre. Ils n'ont pas appris à parler de leur vécu, des pédales qu'ils ont appris à utiliser. Ils n'ont pas appris à mettre en commun leur stratégie.

Leur sentiment de solitude vient exprimer leur désir de construire une histoire commune.

Cette construction passe par une écoute sincère de l'un et de l'autre.

Comment rencontrer l'autre ?

Ce mouvement invite à entrer en curiosité de ce que l'autre éprouve, traverse, se raconte. Il ouvre un espace permettant à l'autre d'apprendre à se dire, sans défense.

Jeanne pourrait dire à Paul : « Je me sens seule en ce moment, j'ai l'impression de tout porter et ça m'épuise. J'ai l'impression que je ne t'intéresse pas, que de me voir épuisée n'a pas d'impact sur toi, voire te fait fuir. » Pas pour l'accuser. Pour se dire.

Et Paul pourrait répondre : « Je ne savais pas quoi faire pour t'aider, j'avais peur de mal faire alors je me suis mis en retrait pour te laisser la place, mais tu me manques tellement, je me sens seul moi aussi. J'ai l'impression de ne pas être à la hauteur pour toi et de ne pas être suffisant à ton bonheur. »

Pas pour se défendre. Pour exister. Pour ouvrir un chemin d'empathie.

Celui qui écoute apprend de l'autre, nourrit sa curiosité. Celui qui parle trouve un espace sécure où sa vulnérabilité peut se dire.

La rencontre a lieu.

Il ne s'agit plus de défendre son point de vue. Il s'agit de se laisser visiter, et de visiter celui de l'autre. Il ne s'agit plus de fermer pour accuser. Il s'agit d'ouvrir pour s'émerveiller.

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