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Thérapie de couple21 septembre 2026

Le couple, première école d'empathie

On m'a posé cette question récemment : « Vous parlez de l'empathie comme une clé pour le couple — moi j'ai peur que ce soit au contraire un tue-l'amour. Pouvez-vous m'expliquer ? »

L'empathie est souvent mal comprise. Elle n'est pas un baume de gentillesse pour faire plaisir à l'autre. Elle n'est pas non plus un sourire poli, ni même un service rendu. Nous pouvons faire tout cela sans empathie, et ces choses sont précieuses, absolument indispensables à notre société. Mais elles ne suffisent pas à nos relations humaines, et encore moins à notre soif d'aimer et d'être aimés.

Nous pouvons aussi les faire avec empathie, et bien souvent cela vient sublimer notre geste, parce qu'elle nous rend beaucoup plus présent à l'autre.

Mais alors, qu'est-ce que l'empathie vraiment ?

C'est un trésor puissant, réservé à l'Homme. Une capacité à se laisser saisir par ce qu'est l'autre, ce qu'il vit, ce qu'il ressent, dans le bonheur, bien sûr, mais aussi dans la douleur. Elle n'est pas nécessairement compréhension. Elle est cette capacité en nous qui accepte d'être avec l'autre dans ce qu'il vit. Vraiment avec lui. Cela demande donc d'accepter que l'autre soit autre ; l'altérité nous invite à ne pas craindre que l'autre vive et ressente autrement que moi.

Et cette capacité de présence à l'autre a besoin de notre liberté pour s'activer. Elle ne s'impose pas. Elle se choisit. Et ce choix coûte quelque chose, parce qu'il nous demande d'aller vers l'autre, de sortir de nous-mêmes.

Et c'est là que quelque chose de surprenant se produit, qui nous dépasse.

Lorsque l'on décide de demeurer un temps auprès de l'autre dans ce qui le réjouit, ou ce qui l'anéantit, il y a un renoncement à soi-même qui se produit. Nous renonçons à un confort, celui d'être relié à soi, de se sentir en sécurité. Plus vrai sans doute quand l'autre souffre.

Il nous faut lâcher un contrôle, une sécurité... et partir à l'aventure. Et quelle aventure, celle d'être là avec l'autre !

Si cette présence est souvent une consolation profonde pour l'autre, qui ne demande souvent pas à être guéri, ni pleinement réconforté, mais à être visité, elle devient progressivement une joie pour celui qui l'offre. Elle coûte bien sûr, mais elle transforme, elle façonne au goût de l'amour gratuit et simple. C'est aussi un miel que nous nous offrons, d'être là pour l'autre un temps, assis avec lui devant le précipice de sa souffrance, sans l'y laisser seul. Le miel qui nous fait comprendre la douceur, la puissance, l'intensité de la relation.

La plus douloureuse épreuve n'est pas la souffrance, l'incompréhension, la dispute ou encore la maladie.

Je crois que la plus douloureuse épreuve est de se sentir seul face à cette souffrance, cette incompréhension, cette dispute, ou la maladie.

Faire l'expérience de notre présence auprès de la souffrance de l'autre, parfois abyssale, c'est accepter de sentir son corps trembler, avoir les mains moites, le cœur qui palpite. C'est ne plus trouver les mots, se sentir limité, insuffisant. Mais c'est tenir. Être là. Juste un temps. C'est faire confiance en notre présence, imparfaite. C'est tenir dans notre présence à l'autre, lorsque lui tient dans la souffrance.

Et plus je le vis, plus je sais y aller. Plus la saveur du miel de cette visite m'est offerte : la joie profonde d'aimer. Celle qui revitalise, celle qui nourrit profondément le cœur et l'âme, celle qui change notre goût à la vie, notre perception de la vie, notre réception de la vie.

L'empathie naît et se déploie au cœur de nos rencontres conjugales.

Sans rencontre, il n'y a pas de véritable empathie. La rencontre de l'autre est un processus de toute une vie. Dans le couple, je suis invité à nourrir une curiosité de l'autre de telle sorte à ne jamais entrer dans le piège du : « je le connais trop bien, je sais bien ce qu'il en pense, ce qu'il se dit ».

Car l'autre est autre. Il pense, fonctionne, décide différemment de moi. Aller à sa rencontre, c'est accepter d'ouvrir cette curiosité de ce qu'il est. C'est prendre un risque, celui de ne pas trouver quelque chose qui me ressemble, de ne pas être en accord, et d'être impacté émotionnellement.

La rencontre est aussi une invitation à se dire, à se dévoiler. Non pour répondre à une curiosité malsaine, mais bien pour exister dans la relation. Lorsque je tais ce que je suis, mes différences, mes incompréhensions, je prive l'autre, le couple, de ma présence et d'une rencontre.

C'est pourquoi le couple est la première école d'empathie, non pas parce qu'il est facile, mais précisément parce qu'il est exigeant. Le couple nous invite chaque jour à choisir la rencontre plutôt que l'habitude, la curiosité plutôt que la certitude.

Et c'est dans cet espace que notre capacité à aimer grandit, et que nous devenons de plus en plus libres. La relation comme un lieu de rencontre, au service des conjoints. L'empathie déployée au service de la progression individuelle et conjugale.

La thérapie de couple n'a sans doute pas d'autre but que d'accompagner les conjoints à se rencontrer de nouveau et à y retrouver toute la saveur à laquelle ils aspirent.

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